Adolescent j'aimais visiter les châteaux en ruines, assez nombreux autour de Bordeaux ma ville de naissance et de résidence où je n'avais cependant aucune attache familliale, ce que du moins j'ai longtemps cru.
Le château de Blanquefort, distant de quelques kilomètres du centre de la ville, m'était le plus accessible. Situé au milieu de champs peu cultivés, défendu d'aucune palissade, il suffisait de franchir un ruisseau peu profond pour approcher de son enceinte dont nulle porte n'interdisait l'accès.
Longtemps seule forteresse de la région et témoin de la puissance de la famille de Blanquefort dont une des dernière descendantes fut la mère de Clément V, le premier des papes d'Avignon, ce château fort du douzième siècle a été remaniè au quinzième siècle par Talbot, le capitaine anglais vaincu par Jeanne d'Arc à Orléans et tué à Castillon la bataille en 1453.
Si l'enceinte du chateau et plus récente, les deux tours centrales relativement intactes, mais dont les aménagements intérieurs sont effondrés, proviennent de la forteresse ancienne.
Toutefois, par un restant de mur d'enceinte intérieure il est possible de grimper jusqu'au sommet de ces tours vides, ce que je ne manquais pas de faire. Dans mon jeune age j'aimais énormément grimper, oubliant chaque fois, tels les chats qui se retrouvent perchés en haut des peupliers, que le vertige qui me prenait en chemin me rendait la descente pénible.
Aprés avoir inspecté ces vestiges, et sans avoir appris grand chose d'autre que ce qui était visible d'en bas, je m'avisai que je ne parviendrais pas à redescendre par la voie empruntée à la monté. Le seul chemin qui m'apparut possible était le restant de l'escalier à vis, c'est à dire les emplacements où avaient été fichées les marches de pierre qui toutes avaient disparues. Par chance une profonde rampe avait été ménagée dans la maçonnerie à laquelle je pouvais m'accrocher, heureuse initiative des constructeurs de cette batisse auxquel je du la vie (une seconde fois).
Et c'est ainsi que je suis descendu, les pieds dans les trous des marches, les mains aggripées à la rampe, effectuant plusieurs rotations périlleuses dans l'intérieur de cette tour, la peur au ventre, allant jusqu'à m'aider des dents pour mieux assurer mon équilibre.
Comme je l'ai dit, je pensais n'avoir aucune ascendance bordelaise, mais un jour, reprenant des recherches généalogiques, je me suis découvert une ascendance noble et de proche en proche par des familles qui allaient d'Auvergne en Cévennes, je comptais au nombre de mes ancêtres des noms qui fleuraient bon l'Aquitaine et particulièrement cette Ida de Blanquefort qui fut mère du pape Clément V qui avec sa soeur, Jeanne de Goth mon aieulle, avaient peut être vécus dans ce château.
D'où il ressort que mes ancêtres avaient failli causer ma perte tout en me laissant le moyen d'éviter une chute fatale et que ce pape fut mon oncle.
Autre cerise sur le même gateau, je me découvris également descendant d'une certaine Hermessinde de Montférand épouse de Guillaume de Grimoard, les parents du pape avignonais Urbain V second de mes oncles à s'être assis sur le saint siège.