Xiaoblog

20 janvier 2015

Hong Kong, du marché aux fleurs au tofu odorant

Quand on habite sur l'ile de Victoria, le métro est le moyen le plus rapide pour aller au marché aux fleurs. On pourrait aussi prendre le Star Ferry, puis le bus et descendre à cet arrêt de métro, dont je ne sais plus le nom, (ce doit être Nathan Road) mais que je revois très bien. Si on va tout droit en sortant on trouve le marchand d'instruments de musique, 108-118 Prince Edward Road, (sur internet il semble ne plus exister) et si on va en sens inverse on trouve le marché aux fleurs après quelques centaines de mètres.

Le marché aux fleurs est une succession de boutiques plus ou moins spécialisées où les prix sont sans comparaison avec ceux qu'on trouve en ville, ni surtout avec ceux qui se pratiquent à Paris. Pourtant, toutes ces fleurs, même celles qui semblent le plus exotiques viennent par avion de Hollande. Cela a peut être changé mais il y a dix ans c'était le cas.

 Même si elles viennent de Hollande les fleurs ne sont pas celles que l'on voit couramment chez nous. Il y a des boutons de lotus bleus, qui voudront bien s'ouvrir, si nous les choisissons soigneusement et si nous consentons à régler la clim sur une allure modérée. Il ne faut pas hésiter à prendre de gros bouquets et au besoin acheter le vase qui convient, que l'on trouve sur place pour un prix très modique.

 On y vendait également ces petits bambous d'eau couverts de pousses, maintenant tous nos fleuristes en proposent, mais à l'époque c'était une curiosité.

 Au fond du marché aux fleurs, il y a un jardin public et le marché aux oiseaux. S'y vendent toutes sortes de volatiles, et leurs répliques artificielles que préféreront les touristes. On y voit aussi toutes sortes de cages, certaines de très grande qualité vendues au prix qui va avec Nous étions décidés, Michelle et moi d'en acquérir une de grand prix, hélas ma fille nous a devancés et nous a offert une production bon marché.

 Mais le grand intérêt de ce marché vient surtout des hommes, souvent âgés, qui font prendre l'air à leurs oiseaux en cage. Pendant que leurs propriètaires font la causette, ces petites bêtes bavardent avec leurs congénaires en vente chez les marchands, c'est assez bruyant mais tellement sympathique. Si on aime pas le bruit il faut s'écarter dans le jardin et observer les grands pères qui discutent ensemble de leurs petits compagnons, c'est plus sympatique que les concentrations de réductions canines qui encombrent les bancs de nos parcs.

 En quittant la marché, il ne faut pas manquer de l'autre côté de l'avenue, les boutiques qui vendent le « tofu odorant » à côté d'autres qui servent des parts de durian. Personnellement je ne suis pas agressé par l'odeur très décriée du durian, mais je ne suis pas du tout attiré par le « smely tofu ».

 On en profitera pour revenir vers la bras de mer au travers du marché aux légumes et à toutes sortes de choses, comme des vêtements bon marché et diverses contrefaçons. Toutefois, attention aux douaniers en rentrant à la maison, la mauvaise copie de Rolex atteindrait alors le prix d'une véritable.

 

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18 décembre 2014

Vieux Blogs et nouveaux blogs

 

       Il y a une dizaine d'années que j'ai commencé à écrire un blog, pour une raison inexpliquée, j'ai mis dans le premier une quantité d'images de Bouddha, au milieu de plein d'autres choses.

       Mon blog était alors sur la base 20six, lancée en Allemagne et qui avait une antenne très dynamique sur la France. J'y ai rencontré une quantité de blogueurs et blogueuses tous très différents les uns des autres, qui me suivaient avec intéret.

       Progressivement les Bouddhas m'ont orienté vers la Chine, pays qui m'avait passionné dès mon enfance. J'ai commencé à écrire de plus en plus souvent sur la civilisation, l'histoire et la philosophie chinoise.

       Dans la foulée j'ai fait un nouveau blog où je me positionnais en tant que philosophe excentrique chinois. Puis, je lançais un autre blog où je prenais la philosophie occidentale à contrepied, jusqu'à devenir « pertinent d'impertinence » comme un de mes lecteurs à bien voulu l'exprimer.

       Comme je m'intéressais à la Chine, j'ai recherché des blogs écrits par des chinois ce qui m'a fait connaître plusieurs blogueuses chinoises dont Neige qui fut ma plus précieuse rencontre et Flora qui reste la seule à me lire.

       Je ne redirai pas encore combien Neige à été pour moi irremplaçable et combien son éloignement des blogs m'a couté.

       Il m'arrive souvent de comparer le monde d'internet au monde flottant dont parlaient les dessinateurs japonais. Comme dans ce monde illusoire, les blogueuses et blogueurs avec qui je correspondais ont disparus peu à peu, et en 2010 j'ai cessé d'alimenter mes trois blogs.

       Et voici que cet été, mon amie Neige est venue en France et qu'elle m'a fait l'amitié d'une rencontre, très brève très peu intime, mais extrêmement précieuse.

       Et voici que depuis j'ai redémarré mes blogs, que j'ai mesuré à quel point ils me manquaient, que j'ai plein d'idées nouvelles pour les faire vivre.

       Les lecteurs, je n'en ai pas encore, exceptée Flora que je remercie pour sa fidélité. Les autres viendront, peut être, qu'ils soient les bienvenus.

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16 décembre 2014

En suivant ma fille dans Hong Kong



     Comme je l'ai déjà écrit, la premier appartement de ma fille et de son mari était dans une tour de la Robinson road.

     Idéalement situé pour visiter les mid levels, les jardins du gouverneur, le parc zoologique, se promener au bord du bras de mer face à Kowlown, pour prendre le Star ferry, c'est de cet appartement que nous avons eu la meilleure vue de la ville et que nous avons vu pousser les tours.

      Ensuite, comme mon gendre avait envie de faire du bateau, ils sont allés vivre sur la Red Hill Peninsula baignée par  la Tai Tam Bay. Ils ont trouvé un appartement moins cher car un meurtre ou un suicide y avait été commis, ce qui dissuade les locataires chinois mais ne rebute pas les occidentaux. Il est à signaler que rien de facheux ne leur est arrivé et que la famille de ma fille a donc amélioré le Feng Sui de l'appartement. C'est pendant qu'ils habitaient là que mon premier petit fils Eliot est né, sous le signe du Dragon d'or.
 
       Moins bien situé que le premier appartement, il permettait de se promener facilement dans le Tai Tam park. Par contre les transports pour le centre ville n'étaient pas bien commodes. Pour ce qui est de faire du bateau à voile, mon gendre a expérimenté qu'à Hong Kong il y a soit trop de vent, soit pas assez et que d'autre part, les requins vous dissuadent de chavirer.


       Aussi, la famille s'est transportée à Pok Fu Lam, dans un ancien appartement dépendant de l'université. De très belles dimensions, c'était aussi le premier qui prévoyait pour la maid philippine une chambre plus grande qu'une boite à chaussure ainsi qu'un office spacieux. Nous y avons fait la connaissance de Juliet qui a vécu avec eux plusieurs années. C'est là aussi qu'est née Alice, ma première petite fille.

       Le secteur était bien déservi par une quantité de bus qui nous amenaient à Central ou plus loin.
On pouvait aussi monter au pic à pied et se promener dans la forêt où, parait-il, il y avait des boas dans les vallons creux et humides.

     Ma fille a vécu deux années dans cet appartement, puis toute la famille est allée habiter à Tokyo où mon gendre avait un nouveau poste.

     Deux ans après, ils revenaient à Hong Kong, toujours dans un meilleur cadre professionnel et sans Juliet qui gagnait beaucoup mieux sa vie au Japon. Cette fois ils emménageaient à Fontana Garden. Dans l'immeuble les riches habitants faisaient poser de grosses grilles en métal doré sur leur porte d'entrée.
     
     Nous avions donc, à proximité la Hong Kong central library, le Victoria park, le quartier de Causeway Bay, Times Square, et des quantités de commerces. Nous étions également à côté de l'hopital Saint Paul que j'ai du visiter pour une infection urinaire.

      Et c'est après avoir passé une journée à Macao, que nous avons quitté Hong Kong, où nous reviendrons peut être un jour, si les voyages en Californie nous en laissent le temps.

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11 décembre 2014

Promenades dans Hong Kong, avec Google map.



   Voulant vérifier sur la carte les lieux où j'avais séjourné à Hong Kong, j'ai consulté Google Map pour tenter de les situer. Cet exercice s'est avéré délicat car, bien entendu, le nom des rues est indiqué dans la langue du pays, sauf quelques artères principales.

   Puis, un peu par hasard, j'ai actionné Street vue, et, je me suis retrouvé en train de marcher dans les rues de la ville. Dans les petites rues, je croisais des gens, au visage flouté, qui tous semblaient vouloir me parler, il y avait beaucoup de gens qui se déplaçaient pour leur travail, ou pour leur plaisir, et aussi de nombreux touristes. Je me faufilais au milieu de la circulation automobile, des boutiques accueillantes m'invitaient à entrer. J'avais envie d'aller manger un bol de nouilles où un plat de canard dans ces petits boui-boui, je sentais les odeurs.  

  Street vue par chance indique les noms anglais et le numéro de la rue où on se trouve, je pouvais mieux me repérer. La ville a changée, un peu, des immeubles nouveaux, un air de prospérité toujours plus évident, mais toujours aussi des commerces modestes, des gens paraissant heureux de vivre, des voitures plus nombreuses aussi.

   La Hollywood road, où j'ai retrouvé le temple Man Mo, a encore augmenté le nombre de ses marchands d'antiques. La camera traverse les vitrines, je peux voir les chevaux Tang, et les figurines Han, blanches et qui plient leurs genoux. Je suis entré il y a dix ans dans ces boutiques, les prix étaient effrayants et on ne se sentait pas rassuré par les certificats d'authenticité. Il est plus facile de faire un certificat d'authenticité qu'un faux antique. Et puis, déjà à l'époque Zhou on négociait de faux bronzes Xia, alors !

   Street vue, hélas, ne permet pas de prendre l'escalier mécanique qui monte vers les mid levels
et j'ai eu un peu de mal à retrouver Robinson Road où vivaient ma fille et son mari. L'habitat s'est densifié, les grandes tours sont là, je ne sais plus trop dans laquelle ils habitaient. C'était il y a quatorze ans, les images s'effacent.

   Existe-t-il encore le marchand de porcelaine dont la boutique était à droite juste après hollywood road ?

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05 décembre 2014

Hong Kong, nostalgie



C'est à l'automne de 1997 que j'ai mis le pied à Hong Kong la toute première fois, j'y suis retourné plusieurs fois, mon dernier séjour date de l'été 2007.

Depuis je ne peux pas oublier cette ville, où j'ai vu pousser les tours sur une période de dix ans, j'ai traversé cent fois le détroit sur le mythique Star ferry, Michelle ma femme et moi le traversions juste pour le plaisir et chaque soir où nous devions reprendre l'avion de Paris.

Pourtant c'est plein d'appréhensions qui j'y étais allé la première fois, effrayé par le modernisme de la ville, j'avais peur de n'y trouver aucun intérêt.

Quelle erreur, à peine débarqué le charme si particulier de cette ville nous avait conquis. Les odeurs en tout premier qui se percevaient sur le tarmac de Kai Tack, cet aéroport où les avions passaient entre les immeubles pour atterrir.

Ensuite ma fille et son mari, après nous avoir fait diner d'un délicieux canard laqué, nous emmenaient vers les Mid-levels où ils habitaient Robinson road, au 35ième étage d'une tour d'où on pouvait voir la montagne et la baie, ainsi que le fabuleux immeuble de la Banque de Chine, un autre chef d'oeuvre de Pei, l'architecte sino-américain, qui a également signé la pyramide du Louvre à Paris.

Puis nous avons été émerveillés par le quartier que traversait l'escalator des Mid-levels, ces boutiques, ces petites rues qui restaient tellement chinoises au pied même des grandes tours. Nous n'oublions pas non plus le tramway de Des Voeux que nous avons pris souvent avec notre petit fils, juste pour l'amuser.   

Je ne raconterai pas en un seul billet tous mes souvenirs de Hong Kong. J'y reviendrai bientôt, dans ce blog. (car hélas j'ai peur que l'organisation des années à venir ne me laisse pas le temps d'y retourner)

En 2007 ce fut notre dernier séjour, je n'avais pas la forme olympique, un infarctus m'était traitreusement tombé dessus en montagne (en France)

Il faisait très chaud, c'était au moment de la fête des Hungry ghost, il y avait partout des petits tas de cendre, reste des billets factices et nourritures de papiers pour apaiser les esprits intranquiles.

Nous étions alors près de la bibliothèque centrale, il y avait une place où l'on jouait l'opéra chinois, des tonnes de nourriture étaient sur des tables, que les humains mangeaient à la place des fantômes à qui elle était destinée. Peut être aurions nous pu nous joindre à ces banquets? Nous n'avons pas osé.

Nous avons pris une dernière fois le Star ferry, allée et retour, sur le détroit la pollution avait considérablement augmentée. Sur les façades en verre le soleil se reflétait avec d'étranges couleurs.

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18 novembre 2014

Où l'on compare les humains à des montagnes pour conter comment Xiao Shan rencontra Xue Shan

 
 Il y avait, il y a un peu longtemps, dans les vieilles terres de l'occident, une petite montagne, à peine haute comme trois collines, inconnue du plus grand nombre, dont la face orientale regardait au loin, très loin vers la plus que lointaine Chine.

 Pour Xiao Shan, ainsi appelerons nous ce curieux personnage, rien ne semblait plus hors de porté que cette Chine aussi fabuleuse que fantasmée. Moins distantes étaient les galaxies dont les amoureux contemplent l'image dans d'énormes lunettes et puissants télescopes, cependant lorsque Xiao Shan scrutait l'est il ne voyait pas au delà de la ligne d'horizon.  

 Xiao Shan, était fils du sol occidental en un temps où la Chine, que l'on disait peuplée d'une humanité plus étrange que tous les peuples existants sur terre, semblait être située aux plus inaccessibles des confins.

 Etrange et mystérieuse était en effet cette contrée, que seuls quelques récits prétendaient nous donner à connaître, rédigés par des voyageurs tous plus myopes les uns que les autres, qui ne l'avaient scrutée qu'au travers de leur lorgnette déformante.

 Parfums d'encens, et de poissons séchés, toit pointus, dragons gravés sur des meubles laqués, musique sonnant comme un jeux de clochettes, telle qu'on pouvait la jouer sur les seules notes noires du piano, nourritures impossibles servies dans des pagodes aux fameux toits relevés dans les coins. Tels étaient les lieux et les choses.

 Raffinés, polis à l'extrême, masquant leurs sentiments sous des sourires éternels, insondables, tels devaient être les habitants, si longtemps soumis au joug des empereurs cruels.

 Tout de la Chine, tout semblait aussi attirant que recouvert d'un voile obscur d'impénétrabilité, tout nourissait un rêve teinté de peurs inexpliquées.

 Plus encore, la terrible révolution qui s'accomplissait là-bas et menaçait à terme de se répandre sur le monde entier, venait encore brouiller l'image trouble et faisait craindre que ce monde effrayant mais fascinant ne disparaisse à tout jamais.

 Alors, comment s'étonner que Xiao Shan, enfant romanesque et en quête d'originalité, ne soit attirée par ce monde dont l'éloignement ne se comptait pas même en kilomètres, mais en li.

 Xiao Shan passa son enfance et son adolescence à regarder les curieuses images qui venaient de là-bas, à écouter les opéras bruyants jusqu'à les aimer, à lire de rares livres comme le récit de ce singe pèlerin, ou encore, car Chine et Japon étaient parés des mêmes qualités et attraits, les contes dits de la Lune vague de Ueda Akinari.

 En passant Xiao Shan se fracassa contre le mur du sage Kong, de ce Confucius dont il ne comprit rien et qu'il jugea être un amas de notations terre à terre, à l'instar des plus avisés philosophes sinologues dont le premier contact fut une semblable expérience. Il écarta Kong Zi mais le Lao Zi bien que plus incompréhensible lui sembla largement plus intéressant en raison même de son obscurité.

 Au sortir de l'adolescence, Xiao Shan constata que les jeunes filles venant d'Asie l'émouvaient plus encore que celles de son pays, alors il fréquenta leurs frères. En province on ne rencontrait que des vietnamiennes, mais quelques photos montraient parfois d'émouvants visages de paysannes chinoises, parmi celles qui arboraient un vrai sourire et non le masque exigé par la propagande maoïste.  

 Comme nous arrivions en des temps curieux où mêmes les montagnes se mariaient et avaient des enfants, Xiao Shan se maria dans les plaines d'occident et eut des enfants.

 En occident comme ailleurs, quand les montagnes ont des enfants, le temps est employé à de nombreuses tâches et les rêves du jeune âge sont relégués au magasin des souvenirs. Xiao Shan constata que la Chine s'éloignait de la France, en dépit de toutes les lois de la géologie.

 A l'âge de 28 ans, la fille aînèe de Xiao Shan annonça qu'elle partait s'installer à Hong Kong avec l'homme qui était alors son compagnon et devint son mari. Un peu chagriné Xiao Shan se dit que le temps des voyages était venu pour lui et qu'il irait visiter sa fille dans cette ville qui lui faisait peur, par sa réputation de modernité ses hautes tours et sa circulation automobile intense.

 Naturellement, la passion adolescente que Xiao Shan avait eu pour la Chine se réveilla, il lu avant de partir tant et plus de livres, consulta toutes sortes de revues aux images enivrantes et monta avec appréhension dans un avion pour un voyage interminable de douze heures.

 A l'arrivée à Hong Kong il fut saisi par une odeur de nourritures inhabituelles, et fut immédiatement invité dans un restaurant de canard laqué avant d'aller dormir par une chaleur étouffante au 35 ème étage d'une tour qui en comptait 45.

 Le décalage horaire, la moiteur, ne lui permirent pas de trouver le sommeil, mais le lendemain en allant au port, après avoir parcouru de petites ruelles animées d'une activité incroyable comme il y en avait aux temps reculés, au pied mêmes des hautes tours plus modernes les unes que les autres, après avoir senti des parfums incroyables, après avoir traversé dans les deux sens le bras de mer séparant l'ile du continent sur le Star Ferry qui datait d'un siècle, Xiao Shan comprit qu'il aimerai cette ville et que la Chine de son enfance était venue à lui pour lui montrer son véritable visage.

 Pendant ce premier voyage, il passa quelques jours à Beijing dans un luxueux hôtel proche de la cité interdite et très proche également des Hutong qui depuis ont été détruites. Il traversa les larges avenues remplies encore d'une incroyable quantité de bicyclettes. Puis il alla deux jours à Guanzhou où les bicyclettes avaient déjà laissé place à des nuées de scooters et de nombreuses automobiles qui  menaient la vie dure aux piétons.

 Ainsi, Xiao Shan vint quatre fois à Hong Kong, deux fois à Tokyo et une fois à Singapoure.

 Lorqu'il rentrait dans son pays, Xiao Shan continuait de visiter la Chine au travers d'internet, suivant avidement les blogs de nombreux « expats » et surtout ceux que rédigeaient des chinois, qui se révélèrent être toutes des chinoises. A cette occasion il prit le pseudo de Xiao Bob, mais pour les besoins de cette histoire nous préférons dire Xiao Shan.  

 Et c'est ainsi que Xiao Shan fit connaissance de Xue Shan qui vivait à Nanjing et dont le blog était le plus attachant qui se puisse écrire. Xiao et Xue échangèrent une quantité de paroles auxquelles ils prirent plaisir tant l'un que l'autre, sous les regards de nombreux lecteurs qui tous appréciaient et commentaient les écrits de Xue Shan.

 Alors que rien n'aurait pu le laisser supposer, ni la distance, ni la culture, ni le sexe, ni la position sociale, ni l'âge, n'empèchêrent Xiao Shan et Xue Shan de se lier d'une amitié indéfinissable et totalement hors norme.

 Quand plus tard, Xue Shan entra à son tour dans la vie adulte, elle eut un ami qui devint son mari et un petit garçon. Alors, comme Xiao Shan l'avait prédit (un jour tu n'auras plus besoin de mes mots et je devrais m'en réjouir) les relations devinrent entre eux plus distantes alors même que l'amitié était encore vivante.

  Xiao Shan pensa alors que, comme c'est le sort des montagnes, il ne pourrait jamais rencontrer Xue Shan.

 Mais comme ils l'avaient fait pour Yu Kong, un jour les dieux permirent que les montagnes se déplacent l'une vers l'autre et qu'elles se rencontrent, brièvement, peut être pour la seule fois de leurs vies.
 

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16 août 2010

Encore des questions sur le rêve de Zhuangzi

Dans une petite bourgade de Chine dont je ne puis même pas prétendre avoir oublié le nom, vivait de façon éphémère un certain papillon dont on ne peut rien dire en particulier, sauf qu'il n'avait jamais rêvé ni qu'il était Zhuangzi, ni que celui-ci le rencontrait en songe.
A vrai dire, il fut un temps où ce papillon ignorait parfaitement qui était ce Zhuangzi et quelle importance il pouvait avoir dans le monde des papillons comme dans celui des hommes.
Seulement il avait nombre de cousins papillons, tous se félicitaient de savoir que Zhuangzi se réveillait au matin en pensant n'être qu'un frêle papillon, chacun était persuadé être précisément le papillon même que le sage se croyait devenu.
Car le bruit avait fini par se répandre que ce Zhuangzi était un grand sage et même bien plus encore.
Le papillon qui nous occupe, nous pourrions le nommer Bzy, n'était pas un de ces somptueux lépidoptères qui ont leurs portraits dans les livres des hommes et sont pour cela très convoités par ces créatures avides qui les épinglent dans des boites et les montrent à leurs amis, qui pourtant n'en ont cure.
Zhuangzi n'était pas un collectionneur de papillons, sa seule ambition semble-t-il était de voleter de fleur en fleur et c'est pour celà qu'il en rêvait chaque nuit et finissait par penser qu'au réveil, il était demeuré lui au milieu d'un songe de papillon qui ambitionnait de devenir un sage parmi les sages, car seul un homme particulièrement sage peut espérer devenir papillon.   
Bzy était de ces petites créatures bleues de taille modeste qui abondent en montagne autour des flaques d'eau Il était tourmenté de ce qu'un de ses semblables se rêvait Zhuangzi chaque nuit sans exception.
L'autre avait beau lui expliquer qu'il en savait quelque chose et que se voir dans la peau d'un homme qui n'a d'autre but que d'être papillon ne présentait pas un avantage très enviable, Bzy n'en croyait rien car il en est des papillons comme des autres êtres, beaucoup tiennent l'expérience d'autrui pour nulle.
"Si un personnage si considérable que Zhuangzi a l'idée d'être papillon, un homme qui écrit des livressi importants qu'on écrit d'autres livres pour en parler, c'est qu'il a un dessein particulier connu de lui seulement et si tu ne l'as percé c'est que tu es incapable de rentrer assez profondément dans son rêve"
L'autre répondit vertement "Hé bien, toi qui n'es pas même capable d'être Zhuangzi en rêve, puisque tu es si malin, vas donc lui demander toi même quel est son dessein profond, peut être alors rêvera-t-il de toi et je serai enfin délivré de ce cauchemar"
On a vu quelle façon le rêveur fut libéré, je regrette de l'avoir déjà révélé, mais cela est une toute autre histoire.
Prenant son congénaère au mot, et sans se retourner, sans regretter les immenses prairies fleuries où il vivait, sans s'aviser de ce que penserait de lui sa proche famille, sans prendre congé de qui que ce soit, Bzy s'en alla à tire d'ailes, si l'on peut dire, vers la contrée où il avait entendu dire que vivait Zhuangzi. 
La Chine n'était pas en ce temps là un pays aussi immense que celui que nous connaissons de nos jours, mais pour une aussi chétive créature que Bzy parcourir des milliers de Li en voletant restait une épreuve démesurée. Non seulement il fallait battre des ailes durant des jours et des jours en dépit de la fatigue, mais il fallait éviter des millions d'oiseaux insectivores, les feux nocturnes, la pluie et la sécheresse, les chasseurs de lépidoptères et mille autres dangers dont il n'avait pas la première idée.
Ce fut un long et éprouvant voyage, et beaucoup plus encore que l'on pense.

En effet, de son côté, Zhuangzi s'était mis en chemin pour rencontrer le papillon qui occupait ses rêves et les deux voyageurs se croisèrent sans le savoir, si bien que Bzy dût refaire le chemin en sens inverse.
Et quand enfin notre papillon rencontra le grand homme, il arrivait au terme de la vie que la nature offre aux petits lépidoptères, ainsi le dessein intime du philosophe ne fut élucidé ni par la première ni par la seconde bestiole, dont on sait déjà comment l'existence fut abrégée par un sage maladroit.
Nous voyons là que nous avons bien de la chance d'être un genre plus avisé que ne sont les papillons et de comprendre le message que nous a transmis Zhuangzi.
Quelqu'un en doute-t-il?

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13 août 2010

Histoire de château et de papes

Adolescent j'aimais visiter les châteaux en ruines, assez nombreux autour de Bordeaux ma ville de naissance et de résidence où je n'avais cependant aucune attache familliale, ce que du moins j'ai longtemps cru.
Le château de Blanquefort, distant de quelques kilomètres du centre de la ville, m'était le plus accessible. Situé au milieu de champs peu cultivés, défendu d'aucune palissade, il suffisait de franchir un ruisseau peu profond pour approcher de son enceinte dont nulle porte n'interdisait l'accès.
Longtemps seule forteresse de la région et témoin de la puissance de la famille de Blanquefort dont une des dernière descendantes fut la mère de Clément V, le premier des papes d'Avignon, ce château fort du douzième siècle a été remaniè au quinzième siècle par Talbot, le capitaine anglais vaincu par Jeanne d'Arc à Orléans et tué à Castillon la bataille en 1453.
Si l'enceinte du chateau et plus récente, les deux tours centrales relativement intactes, mais dont les aménagements intérieurs sont effondrés, proviennent de la forteresse ancienne.
Toutefois, par un restant de mur d'enceinte intérieure il est possible de grimper jusqu'au sommet de ces tours vides, ce que je ne manquais pas de faire. Dans mon jeune age j'aimais énormément grimper, oubliant chaque fois, tels les chats qui se retrouvent perchés en haut des peupliers, que le vertige qui me prenait en chemin me rendait la descente pénible.
Aprés avoir inspecté ces vestiges, et sans avoir appris grand chose d'autre que ce qui était visible d'en bas, je m'avisai que je ne parviendrais pas à redescendre par la voie empruntée à la monté. Le seul chemin qui m'apparut possible était le restant de l'escalier à vis, c'est à dire les emplacements où avaient été fichées les marches de pierre qui toutes avaient disparues. Par chance une profonde rampe avait été ménagée dans la maçonnerie à laquelle je pouvais m'accrocher, heureuse initiative des constructeurs de cette batisse auxquel je du la vie (une seconde fois).
Et c'est ainsi que je suis descendu, les pieds dans les trous des marches, les mains aggripées à la rampe, effectuant plusieurs rotations périlleuses dans l'intérieur de cette tour, la peur au ventre, allant jusqu'à m'aider des dents pour mieux assurer mon équilibre.
Comme je l'ai dit, je pensais n'avoir aucune ascendance bordelaise, mais un jour, reprenant des recherches généalogiques, je me suis découvert une ascendance noble et de proche en proche par des familles qui allaient d'Auvergne en Cévennes, je comptais au nombre de mes ancêtres des noms qui fleuraient bon l'Aquitaine et particulièrement cette Ida de Blanquefort qui fut mère du pape Clément V qui avec sa soeur, Jeanne de Goth mon aieulle, avaient peut être vécus dans ce château.
D'où il ressort que mes ancêtres avaient failli causer ma perte tout en me laissant le moyen d'éviter une chute fatale et que ce pape fut mon oncle.
Autre cerise sur le même gateau, je me découvris également descendant d'une certaine Hermessinde de Montférand épouse de Guillaume de Grimoard, les parents du pape avignonais Urbain V second de mes oncles à s'être assis sur le saint siège.   

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31 juillet 2010

Nouvelles clartés sur le rêve de Zhuangzi

Après des mois et des années, mais peut-être après quelques nuits seulement, il advint que le papillon qui chaque matin s'éveillait sans savoir s'il était Zhuangzi ou lui-même se lassa, en éprouva un inconfort indéfinissable et néanmoins certain.
Le chétif animal se décida d'aller consulter un sage.
D'autres penseraient que le soutien d'un psychologue lui aurait été d'un plus grand secours. Il reste cependant incertain qu'un papillon et un psychologue puissent tenir une conversation utile, ni même une conversation tout court, alors qu'un sage est un être capable de toutes sortes d'actions qui restent hors de portée des individus ordinaires, parmi lesquels il est permis de classer les psychologues. 
Nous devons écarter sans hésiter l'idée que ce sage était un maître du Tao. Nous serions entrainés sur des sentiers qui ne mènent nulle part ailleurs qu'en des labyrinthes improbables n'ayant pas plus d'issues que ceux de Borgès qui en manque totalement.
Nous refuserons avec une égale vigueur l'hypothèse que ces entretiens puissent avoir été tenus pendant un rêve, que ce rêve ait été celui du sage, du papillon ou de toute tierce personne. Est-ce assez clair?
Le papillon donc, lorsqu'il fut en présence du sage, un sage particulièrement empli de sagesse sans doute mais que nous ne nous attacherons pas à définir plus précisément, exposa le motif de sa visite.
Grand sage, il n'est plus de nuit que je ne rêve que je suis Zhuangzi.
Le sage observa un silence de sage, car un sage qui serait trop prompt en sa parole perdrait rapidement tout prestige.
Il convient de souligner que le silence d'un sage est aussi empli de sens que le vide du Tao ce dont le papillon, tout lépidoptère qu'il fut, était intimement persuadé, car rêver qu'il était Zhuangzi lui avait laissé quelques traces.
C'est pourquoi il ajouta que ce qui l'irritait particulièrement c'est que le Zhuangzi qu'il rêvait être se rêvait lui comme un papillon et donc qu'en définitive dans son rêve papillon il restait, ce qui ne le grandissait en rien.
Observons que le papillon ne prétendait pas qu'il était dévalorisant d'être lui-même.
Le sage, curieusement, demanda qu'on lui apporte une pierre, tâche dont s'acquitta un acolyte car le papillon, bien que partiellement humanisé par ses contact nocturnes avec Zhuangzi en restait parfaitement incapable.
Mettons, dit le sage, que dans votre rêve vous écrasiez le papillon que Zhuangzi pense être devenu. Ne seriez vous pas libéré de ce rêve importun?
C'est que... Maître... enfin... on ne sait pas... et si... en définitive... qu'est ce que la vérité... qui sait où se cache... finalement?
Un sage ne saurait s'agacer de rien, c'est entre autres à cela qu'on le reconnaît, aussi c'est sans malice aucune qu'il saisit la pierre, l'éleva devant son visage et déclara:
Vous voyez cet objet inanimé, aurait-il plus d'entendement que vous?
Et c'est à cet instant que les forces du vieux sage lui firent défaut et que la lourde pierre chut sur le papillon qui à jamais fut délivré de ses rêves.
Toutefois, en ce qui concerne Zhuangzi, on ne sait pas si les siens cessèrent dès la mort du papillon qu'il rêvait être.

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24 février 2010

Shoa et moi

Comment peut-on titrer sur ce sujet d'une façon si désinvolte, je vais tenter de l'expliquer.
J'ai pu voir récemment l'intégralité du film de Claude Lanzmann, neuf heures de diffusion télévisée en deux soirées de quatre heures trente.
Shoa n'a qu'un seul sujet, l'extermination des juifs d'Europe et le démontage de la mécanique conçue à cet effet par le régime nazi. Rien des mobiles qui entrainèrent cette "solution finale" solution de quoi? Un seul sujet, la mort les moyens et la façon de la donner.
Shoa signifie en hébreu catastrophe, destruction, anéantissement. Antérieurement on utilisait le terme d'holocauste qui m'a toujours paru mal adapté, comment faire un paralèlle entre le sacrifice d'un animal, dans le but fallacieux d'être agréable à un dieu, avec le massacre scientifique d'un peuple entier. Personnellement, quand j'évoquais ces évènements, avec des tiers ou simplement mentalement, j'utilisais l'expression "cette chose là"  (Claude Lanzmann dans son livre "Le lièvre de Patagonie" nous apprend qu'il disait "la chose")
Il faut d'abord que je dise comment et pourquoi, n'étant cependant pas juif, j'ai depuis mon enfance une relation particulière avec "cette chose là"
Né en 1943, un mois avant l'insuréction du ghetto de Varsovie, j'avais donc deux ans au moment de la libération de Auschwitz, quand tout le monde a su, ou a du cesser de paraître ignorer, ce qui était advenu des juifs déportés. Il est certain que j'ai entendu des conversations entre mes parents et qu'une trace en est resté gravée dans mon inconscient.
Mes plus anciens souvenirs se situent entre trois et quatre ans, le plus précis d'entre eux est un cauchemar qui revenait tout le temps et a persisté plusieurs années: Une femme aimable "nous" faisait entrer dans une pièce avec des paroles suaves comme si elle promettait un bon gouter ou une distribution de friandises (j'ignore ceux qui, autres que moi, composaient ce nous indistinct, je n'étais donc pas seul) Puis la dame sortait du local et son sourire devenait sardonique tandis qu'elle manoeuvrait un levier en annonçant "Ca va brûler"
J'ai fait ce mauvais rêve plusieurs années de suite, sans jamais en avoir parlé à mes parents. Quand j'ai eu huit ans, une institutrice de cours élémentaire nous a enseigné cette abomination, mais ce n'est que bien plus tard que j'ai compris que mes rêves avaient pour sujet l'extermination des juifs.
Graduellement, alors que mes connaissances en devenaient plus précises, cette chose là a pris de plus en plus d'importance en moi, tellement que vers ma vingtième année j'ai commencé à y penser chaque jour de ma vie et que cela a duré une quarantaine d'années.
Et puis, un jour j'ai eu l'occasion de parler de ces rêves et de leurs conséquences avec une amie juive. Une semaine après je me suis aperçu que j'étais libéré de mon obsession quotidienne. La conscience de cette chose là ne m'était pas devenu plus légère, pourtant c'était un peu comme si j'avais remis entre de bonnes mains une charge qui ne m'appartenait pas.(Je veux dire pas plus qu'à tout autre être humain)
Je ne ferai pas ici un résumé de Shoa, c'est impossible, je dirai simplement qu'il faut le voir et je n'en citerai qu'un épisode, l'interview du rescapé Abraham Bomba.
Abraham Bomba avait été sélectionné pour le sonderkommando de Tréblinka, c'est à dire choisi pour être de ceux qui "faisaient disparaître" les cadavres de leur peuple anéanti Puis, comme c'était sa profession, il a finalement été désigné avec dix sept autres pour être "coiffeur pour dames" à l'intérieur même des chambres à gaz.
Abraham Bomba parle de l'horreur avec un ton détaché, objectif "on coupait comme ci comme ça" sans émotion apparente et en faisant les gestes. Qu'avez vous ressenti? Oh vous savez là bas ressentir c'est très dur, vous êtes mort aux sentiments, mort à tout. Puis il raconte l'arrivée de femmes qu'il connaissait parentes d'un des autres coiffeurs, "il leur disait".... à ce moment Bomba si prolixe ne peut plus articuler un seul mot, des larmes perlent discrètement, il lui faut plusieurs minutes pour reprendre, pour que nous puissions comprendre.
Après avoir vu ce film, une inquiétude me venait: Si j'allais de nouveau y penser tous les jours, si je retombais dans mon obsession. C'est d'évidence un problème qui parait futile et ne concerne que moi.
Il n'en a rien été , le film de Claude Lanzmann que je devais voir, que je n'aurais pas pu éviter, à eu pour conséquence que j'y repense plus souvent que je ne l'ai fait pendant ces dernières années, mais pas tous les jours.


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